La goutte

 

LA GOUTTE (la gnôle)

 

  

L'opération de distillation de la lie (vieux cide) en goutte (eau de vie), encore appelée gnôle, teut faite par un bouilleur de cru ambulant qui s'installeut prés d'un point d'iaü. Cez nous ça teut Mile Rozelier, près du rusiaü au bas de la côte de la Ville Gourhiet. Les bouilleurs de cru existaient déjà sous l'Ancien Régime ; abolis sous la Révolution, ils furent rétablis en 1908. Les gens qui possédaient des pommiërs avaient le drët (droit) de distiller pour leur propre compte 20 litres d'alcool pur par an. Ce privilège était héréditaire mais il a été supprimé par l'Ordonnance du 29 novembre 1960 : « à la mort de chacun des bénéficiaires ou de leur conjoint survivant ». Les descendants ne pouvant plus racheter les droits de leurs ancêtres, ce métier va vers une disparition.

 

Les gens amenint leur barrique de cide à brûlër sur la charrette tirée par le chwaou, munis du laisser-passer des Contributions Directes délivré par le Bureau de Tabac. Une idées des quantités : avec 600 kg de pommes on obtenait environ 200 litres de cide à 5° qui donnait après distillation 20 litres  d'eau de vie à 50°. La distillation se faisait de la manière suivante : le cide stocké dans une cuve remontait dans un alambic de cuivre chauffé au bois. Chaque client fournissait son bois. Le cide était exposé à la chaleur dans la cucurbite entre 90 et 95 degrés ; les vapeurs s'élevaient dans le chapiteau (sorte d'entonnoir renversé) puis passaient dans le col-de-cygne pour aboutir au réfrigérant (serpentin plongé dans une cuve d'eau froide) où elles reprenaient l'état de liquide. Le bouilleur adjoignait un minimum d'eau pour ne pas dépasser le degré autorisé. Cette eau de vie devait séjourner au moins deux mois dans un baraou en bouès (mieux qu'une bonbonne en verre) fermé par un bouchon de bois entouré d'un chiffon pour empêcher l'évaporation. Pendant ce temps elle s'affinait, s'adoucissait, s'imprégnait des parfums et du tanin du bois qui lui donnait une belle teinte ambre. Ce délai de deux mois passé, on pouvait procéder à la mise en bouteille.

 

 

 

"baraou dans la beurouette"

 

Les gens étaient tentés d'essayer de frauder un peu et d'obtenir du bouilleur quelques litres en plus qu'ils cachaient dans les fourrés de peur d'être contrôlés et qu'ils retournaient chercher à la nuit tombée, en prenant toutes précautions, par des chemins détournés.

 

La goutte était consommée dans le grog, dans le café ou en digestif avec un morciaü de suque « un p'tit canard ! » ou « une p'tite rincette ! ». Elle servait aussi à faire des liqueurs de fruits (pruneaux, djignes(cerises), cassis, blosses de chien (prunelles), … On l'utilisait aussi comme remède : pour atténuer les coliques, pour soulager une rage de dent (un morciaü de suque imbibé de goutte sur la dent douloureuse), pour résorber un bieü(hématome) (une friction avec du gros së trempé dans de la goutte), pour désinfecter des petits bobos et aussi après la castration des animaux (ouyouyouille … pauvres bêtes !)

 

 

 

A ce jour quelques personnes ont encore gardé leur droit de distiller. Un bouilleur de cru ambulant vient installer une ou deux fois par an à Pont Jacob son appareil de distillation (GEIMDOR SA Constructeur – Agen Bon Entente 1975). Les règles n'ont pas changé, le client arrive toujours avec son cide et son bouès pour brûler, et son laisser passer. Il lui est délivré 18 litres d'alcool à 55° par an.

 

Sacrée goutte conviviale ! qui rachalait, qui ragaillardissait mais aussi qui saoulait et alcoolisait ceux qui en abusaient. Eau de vie … mais parfois eau de mort.

 

(Extrait de « Châtaigneraie d'aüt'faïs » écrit par Maminou Annick en mai 2002)

 

 

 

 

(photo alambic prise en oct. 2007 du côté des Forges)

 

 

Qu'en est-il aujourd'hui du droit de distiller ? :

Le privilège accordé à certains bouilleurs de cru devait prendre fin au 31 décembre 2007.

Toute distillation effectuée à partir du 2 janvier 2008 sera taxée à 7,25 € les 10 premiers litres d'alcool pur obtenus et à 14,50 € au-delà de cette quantité.

Mais petit cadeau du Gouvernement : la Loi de finances 2008 a repoussé de 5 ans la suppression du privilège des bouilleurs de cru.

 

 

 

(photo petit baraou décoratif chez Maminou)

 

"A consommer avec modération"

 

 

 



22/10/2008
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